10/06/2018

Le féminisme actuellement le plus en vue, le plus médiatisé car il a la simplicité requise, le format approprié pour être mis en avant dans les médias (télé, facebook, youtube,…) a pour représentante C. De Haas. « Le ministère, le PS, les campagnes électorales, elle jure avoir tout envoyé valser pour monter sa boîte et militer, sans étiquette. En quelques années, Caroline De Haas est passée de l’ombre à la lumière. Des bureaux feutrés des cabinets politiques, aux plateaux télés et radios. À chaque sursaut médiatique autour du féminisme, le tout Paris l’appelle. » (0) L’idéologie que celle-ci expose est simple : elle dénonce et condamne les harceleurs, agresseurs et les violeurs. C’est un bon point de départ et une chose à quoi nous souscrivons sans retenue. Ainsi qu’une majorité de gens d’ailleurs. Exception faite de toute une série d’humains qui peu ou prou ont en tête que le femme n’est pas l’égale de l’homme. Parmi eux, ceux qui considèrent que la femme (…être impur par essence !) doit se cacher aux hommes. Pour ceux-là, si elle s’expose, c’est une provocation. Auquel cas elle est responsable de l’agression qu’elle subit puisque, par là, elle la provoque. Mis à part ceux-là (et aussi Carherine Millet sans doute qui aurait apprécié avoir été violée !) le consensus est de condamner le viol, les agressions sexuelles, le harcèlement sexuel. Voyons donc plus avant.

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De Haas dit que « la violence, elle commence à partir du moment où on est dans une relation inégalitaire… » On peut remarquer qu’il est possible aussi qu’il y ait une relation inégalitaire sans qu’on en arrive à la violence. Cette violence est souvent comme ‘sous entendue’. C’est souvent le cas du harcèlement au travail dans une relation hiérarchique. Ou dans le bureau de H. Weinstein qui gère les embauches. Nous poserions malgré tout le problème en d’autres termes : dans le cas d’une agression ou d’un harcèlement, il y a un agent – celui (ou celle) qui agit – et une victime – celle (ou celui) qui subit. La relation est effectivement totalement biaisée entre celui (ou celle) qui agit – …parce qu’il en a le désir mais aussi les moyens – et celle (ou celui) qui subit, qui est ravalé au rang d’objet, auquel il n’est pas consenti d’avoir un avis sur l’initiative prise par l’autre. Qui se croit tout permis, comme on le dit couramment. Quand un homme dans les rues de Bruxelles (1) ou d’ailleurs lance à une femme en jupe : « Tu viens ? on va boire un coup. Chez moi bien sûr… » il est quasiment certain que, comme un jeune homme qui s’adonnait à ce vilain jeu le dit dans le film, il n’arrivera jamais à ses fins. Et il le sait très bien. En fait, il s’agit d’une agression verbale plus que d’une proposition bien qu’il pose une question. Dans la question on comprend que la femme doit être disposée à entendre toute la journée ce type de demande qui n’en est pas une. Ceci est insupportable pour les femmes qui le subissent. Et pour les hommes ? pourrait-on se demander. Ce sont bien sûr les femmes qui encaissent les injures au premier chef mais cela signifie-t-il que c’est indifférent pour les hommes qui assistent à de tels actes ? S’ils ne le subissent pas avec une violence directe à leur encontre, est-ce pour autant supportable ? La vue d’un tel spectacle révulse. Aucune excuse ne peut être accordée aux auteurs de telles infamies.

De telles agressions verbales peuvent aussi se dérouler dans le bureau d’un quelconque directeur, celui de Harvey Weinstein ou dans les couloirs de l’Assemblée Nationale, ces situations sont aussi répugnantes. La différence avec la rue où les harceleurs n’ont aucun espoir de réussite, c’est que dans le second cas les agresseurs peuvent aller plus loin avec des chances de réussite. Cela devient des agressions sexuelles ou des viols. On peut penser que certaines actrices – par exemple – aient accepté le rôle bien singulier qui leur était proposé par Weinstein. En tous cas, dans ces cas-là, il y a bien harcèlement et on pourrait même dire qu’elles ont été rançonnées. Un véritable racket. À moins qu’elles aient finalement été dès l’abord consentantes. À ce compte c’est du ‘business’.

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La question est maintenant de savoir que faire pour lutter contre une telle situation. La ville de Bruxelles a mis en place une amende importante pour les harceleurs de rue. Nous n’avons pas d’écho des résultats de cette mesure mais on devine qu’il y en a peu. A moins de mettre des flics partout pour prendre les gens en flagrant délit, on ne voit pas comment ça pourrait suffire… Globalement, il y a des efforts faits depuis quelques années sur le plan législatif qui ont sans doute des effets préventifs. Gageons que la dite ‘vague balance ton porc’ a aussi refroidi quelques ardeurs superflues. Mais pour d’autres, ça ne suffira pas. Il convient ici de se réjouir d’une prise de paroles mais aussi d’en voir les limites. On a maintes fois pointé le fait que des dénonciations ne suffisent pas, qu’il faut aussi une enquête afin de vérifier les accusations. C’est un fait. Par ailleurs, on ne dira pas assez que des mouvements via les dits réseaux sociaux sont limités quant à l’implication ‘en chair et en os’. Des femmes marocaines, par exemple, s’étaient indignées du traitement fait à l’une d’elle dans un bus au vu et su de tous ceux qui s’y trouvaient. Des milliers d’interventions sur facebook. Quand il fallut manifester dans la rue – se déplacer en personne – pas plus de deux cents personnes (des femmes en grande majorité : est-ce que cela ne concerne que les femmes ?) ont pris part. Dans une ville comme Casablanca qui compte deux millions d’habitants, c’est peu. Au point que quelques malotrus se sont introduits dans la manifestation et ont poussé la provocation jusqu’à y clamer que les femmes sont effectivement des tentatrices par essence et qu’en ce cas les agressions sexuelles sont compréhensibles.

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Passons aux discours de De Haas et consorts. Dans leur bouche reviennent des choses comme « Je rappelle, dit C. De Haas, qu’une femme n’est jamais, jamais responsable des violences qu’elle subit. » Axiome de base. Parmi les femmes, il n’y a que des innocentes. Elles prennent l’opposé de la position des islamistes qui les croient toujours coupables. Est-ce de l’aveuglement ou une volonté délibérée de manipuler les gens ? Elles qui parlent beaucoup des lois de la République – crimes, délits, peines de prison, amendes – n’ont-elles jamais entendu des cas où la femme a subi des violences qui faisaient suite à ses propres actes malveillants ? Les femmes ne seraient-elles toujours que les victimes d’hommes agressifs ? Voire plus généralement …de l’agressivité des hommes ! Les jugements de divorce sont là pour présenter nombre de cas de gens qui ont vécu ensemble où l’on ne peut déterminer clairement qui a commencé à détruire l’autre ? n’a-t-elle pas à l’esprit les manigances de Mme de Merteuil dans les Liaisons Dangereuses ? Ce n’est là que de la littérature ? Disons le tout net : Les femmes ne sont pas en reste pour user des mêmes pulsions destructrices que les hommes. Or, dans les discours de ce féminisme-là, il n’est pas question de voir cette réalité-ci. Voilà donc une bien vilaine mais efficace façon d’aborder ce sujet et bien que cela gêne beaucoup de gens, peu nombreux sont ceux qui entreprennent de critiquer ce féminisme ouvertement et clairement. Cela paraît pourtant nécessaire.

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Des questions doivent être posées. Parle-t-on de harcèlement ou de ‘drague’ (= cour, faire la cour, courtiser, en français classique) ? Y a-t-il une limite entre les deux ? Un saut qualitatif ? et la question qu’il faudra finir par se poser : Faut-il reconstruire les rapports amoureux entre les hommes et les femmes à partir de ce qu’il y a de pire dans ce domaine : le harcèlement et les agressions sexuelles subies par les femmes ? c’est ce que l’on peut craindre à entendre ces féministes-là et qui est malheureusement repris à tout bout de champ. De Haas dit savoir « en un quart de seconde » si …elle veut ou pas ? Gageons que les femmes de Bruxelles dans les circonstances du film savent aussi très vite à quoi s’en tenir. Les actrices de Weinstein sont certainement dans ce cas. Malgré cela, la réalisatrice du film sur Bruxelles répond poliment à ces imbéciles qui la harcèlent. Pourquoi ? Parce que les rapports entre les gens sont tels que l’on ne postule pas a priori qu’un homme qui s’adresse à une femme ne peut être qu’un harceleur. Si elle prend le temps d’un mot, c’est bien évidemment parce que, n’ayant pas précédemment été confrontée à ce genre de situation, elle réagit comme elle aurait réagi auprès de gens ‘normaux’ avec la bienveillance à laquelle on est éduqué dans ce monde (…jusqu’à présent, bien entendu !). On comprend que celles qui sont habituées au harcèlement quotidien ne réagissent pas avec le même flegme et ‘gèrent’ la situation avec une autre stratégie.

Les féministes à la De Haas préfèrent voir une réalité simplifiée. Elle semble nous dire que, quand un homme courtise une femme, un homme A désire une femme B ; après la déclaration-proposition de monsieur A, celle-ci accepte ou pas et dès que celle-ci se refuse, A doit cesser ses avances et vaquer à d’autres occupations. C’est le propos tenu par De Haas qu’elle répète en permanence donc qui peut être compris comme une directive de conduite dans tous les cas : harcèlement, drague, etc. Tel qu’elle le présente en tous cas. Ainsi dit, personne ne se trompe, personne ne doit oser travailler à séduire. Pas de frustrations, d’amours à sens unique déçus, rien de ce qui fait la vie et les amours des hommes et des femmes. Et le désir des uns et des autres s’expriment toujours dans la transparence totale. Comme s’il n’y avait aucune zone d’ombre. Chacun, selon ces féministes-là, doit alors se trouver dans une transaction : tu veux …ou tu veux pas ? Si tu veux tu signes …afin que monsieur et madame puissent attester que tous étaient consentants. Sinon il (ou elle) peut être accusé(e) d’avoir commis un viol. Il ne peut y avoir de temps de l’approche, de changement du regard, de croissance des émotions, etc. Tout se fait en un regard. Et quand Caroline pose son regard acéré tout est dit. C’est immédiatement : oui ou non. Ceci ressemble tout à fait à un contrat entre deux personnes.

« A partir du moment où je suis dans une relation entre adultes consentants et que je respecte l’autre personne, à partir du moment où je me rends compte que l’autre n’a pas envie, et je m’en rends compte tout de suite (3), j’arrête parce que je suis dans une relation de nature égalitaire… » Voilà bien sa conception de la rencontre. Elle se rend compte de tout, tout de suite. Surpuissante C. De Haas ! Stendhal en serait resté sur les fesses. Pour elle, tout est beaucoup plus simple que les gens – si naïfs – ne le croient. Le courant passe ou pas …à la vitesse de la lumière. A l’opposé, Abnousse Shalmani essaie de lui dire dans une controverse à la télévision qu’il y a diversité de femmes et que certaines n’ont pas envie de se comporter comme l’indique De Haas. Contrairement à celle-ci, elle se refuse à énoncer un comportement-type et ajoute même que sur ce sujet on tombe vite dans l’évocation ‘personnelle’ ou dans l’analyse ‘psychologique’. Ce qui laisse De Haas de marbre.

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Pour couronner le tout, celle-ci déclare triomphalement à ses amies féministes dans une vidéo que « à partir du moment où vous vous définissez comme féministes vous allez déranger ; c’est une bonne nouvelle parce que le projet de société que vous portez est un projet tellement révolutionnaire, qui va tellement transformer nos sociétés de fond en comble qu’il va déranger votre entourage ». Un projet « tellement révolutionnaire » ? Vraiment ? Pour qui le mot révolutionnaire a encore un sens – peu de monde, il est vrai ! – on ne voit dans ce qu’elle promeut qu’une relation de type commercial. Il n’est pas étonnant d’ailleurs que l’avènement de ce type de comportement ‘contractuel’ ait eu lieu aux États Unis et particulièrement dans les milieux où cette préoccupation de la ‘loi dans les affaires’ est très prégnante. Tout doit être codifié et l’on doit se conformer à la loi. Avocat d’affaire à l’appui. Voir le film « 50 nuances de Grey » si nécessaire. On lira surtout J. Cl. Michéa avec bonheur sur le fait que la gauche libérale est le lieu où s’élabore une telle pensée. De Haas est dans la droite ligne des réformes sociétales du PS dans lequel elle a macéré – on y reviendra ! Et tous les gauchistes, toujours en quête de sensations fortes et violentes, qui s’extasient devant sa hargne vengeresse l’oublient et surtout oublient d’y réfléchir. Mais c’est bien le problème central : on est dans l’acceptation d’une forme vindicative et hardiment revendicatrice sans aucune consistance qui ne met aucunement en cause les rapports sociaux ! Bien au contraire. Mais la forme extrémiste suffit à la faire accepter avec joie par ces gens-là.

Faut-il donc détruire de fond en comble les relations entre les hommes et les femmes, les modeler avec les standards du commerce ? Nous n’y consentirons pas. On peut très bien réprimer les agressions sexuelles sans attribuer à la femme l’éternel statut de victime, à l’homme celui d’éternel agresseur. Le problème de De Haas et de ses consœurs (et confrères), c’est cette volonté de réguler les relations amoureuses qui bientôt n’existeront plus qu’enserrées dans des relations contractuelles ou le carcan normatif d’une multitude de lois. Ce que beaucoup de ses supporteurs ne voient pas, c’est que, à partir du moment où toute l’incertitude de l’humain est absente, on peut rabattre les relations sur l’inhumanité du contrat.

On voit bien ici qu’adhérer à un tel point de vue, une telle conception de l’approche amoureuse signifie qu’on est dans un monde assez simplet et oppressant. Où les rapports entre deux individus devraient, selon ces féministes ‘puritains’ (2), prendre une tournure particulièrement glacée.

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Nous ne nierons pas qu’il soit nécessaire à l’homme – mais à la femme aussi qui n’est pas sans subir des « coupables pensées » (3), espérons-le ! – de canaliser ses désirs voire les inhiber. Bien entendu ! C’est là le fait de la ‘civilisation’ au sens de Freud (4). Mais voir dans le désir quelque chose de toujours par essence maîtrisable et maîtrisé, c’est une vision aberrante ! Penser que le désir est le monopole de la masculinité tout autant. Les désirs de tous les humains sont au contraire fluctuants, imprévisibles (même et surtout pour les curés les plus austères) et pas vraiment soumis à la volonté (5). On ne désire pas ce qu’on veut désirer. La tâche dans un monde ‘civilisé’ consiste donc à le canaliser suivant des critères définis socialement et toujours réinventés. Les islamistes se plaisent à dire qu’une femme doit porter un foulard sans lequel elle serait nue et une tentation insupportable pour les hommes. Même si la femme n’est pas, par essence, provocante – comme le disent tant de pieux musulmans et le théorisent les islamistes – qu’il en faille la couvrir d’un pudique foulard comme la dame du Tartuffe (3) il serait imbécile de penser que la nudité totale ou même très partielle dans un monde comme le nôtre sont sans effet sur les autres. « Porter une jupe pour une femme, c’est déjà risqué. » comme dirait la réalisatrice du film sur le harcèlement sexuel dans certains quartiers de Bruxelles. Auquel répond K. Daoud : « Une femme qui décide de porter une jupe à Paris, c’est un choix esthétique ; une femme qui décide de porter une jupe en Égypte, en Tunisie ou en Algérie, c’est de la lutte et de la lutte concrète. »Il se trompe un peu. Dans certains quartiers en France et en Europe on en est déjà au même stade qu’en Algérie. Ce que démentent évidemment les thuriféraires du gauchisme et du féminisme comme De Haas ou Autain. Si les femmes se plaignent dans ces quartiers-là, c’est par pur préjugé raciste, pensent ces ‘féministes’.

Affiche du régime iranien. Femmes bonbons : si elles sont ‘découvertes’ les ‘mouches’ (= les hommes) tournent autour et l’agressent !

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Où chercher cet équilibre donc ? En Europe les désirs de l’homme et de la femme s’équilibrent grâce à leurs maîtrises conjugués. Dans la grande majorité des cas. – Il y a certes des ratés qui sont condamnés car condamnables. Mais il n’y a pas que ça ! Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage …en ciblant correctement les nécessités. – Cette situation s’est constituée dans la vie de tous les jours et pendant des siècles. Elle n’a été décidée par personne. Sinon par tout le monde. Et cela dépasse la conception primaire de gens comme De Haas et les sien(ne)s où la dame fragile et jamais débordante de désir ne peut être que le jouet du mâle porcin qui, lui, ne se maîtrise pas, et dont il faut toujours la défendre. Que des situations existent bel et bien, et trop fréquemment, où les hommes outrepassent les normes, on en convient sans peine mais que la solution à un tel problème soit de voir par essence en l’homme un agresseur et en la femme une brebis innocente est une façon totalement fantasmatique de poser le problème et surtout de ne pas lui apporter de solutions viables. Dans un monde de l’isolement comme le nôtre un arsenal juridique répressif semble bien constituer la seule solution. Belle révolution ! Une solution qui ne peut être suffisante ni satisfaisante. Un équilibre stable et satisfaisant ne pourra jamais être atteint qu’avec l’accoutumance à des rapports sociaux égalitaires et ‘fraternels’ sans lesquels aucune émancipation féminine (ni masculine) n’est possible. A moins de prendre pour horizon de l’émancipation le simple changement de lois. Ceci ne suppose pas l’avènement d’un paradis sur Terre mais l’enclenchement d’une révolution ‘nécessaire’. Rien à voir avec les agitations de De Haas et consorts. Ça ne peut se passer que dans le temps long et doit prendre en compte bien au-delà des préoccupations de harcèlements ou de viols. Devenue de plus en plus immaîtrisable et soumise au capitalisme contemporain, la vie quotidienne doit changer et être prise en globalité. La somme des frustrations que cette situation occasionne et le narcissisme ambiant fait des ravages qu’il faut analyser. Et le changement de modèle libéral pour un plus répressif prôné par De Haas se situe dans la continuité plutôt que dans la rupture.

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« Rejoignez-nous et intégrez la task force féministe ! Inscription ultra rapide sur http://bit.ly/groupef Ensemble on va mettre fin aux violences sexistes et sexuelles! » Sur le compte twitter du groupe F de De Haas (02/03/2018). Ça ne semble pas être la teneur du message que les actrices ci dessous envoient au sinistre H. Weinstein. Comment est-ce possible ? Se pourrait-il que, dans le monde du spectacle, il y ait aussi des femmes qui participent activement à la ‘porcherie’ ? …sans balancer leur porc évidemment !

Auraient-elles besoin que notre pasionaria leur ouvre les yeux ? Cette dernière pourrait leur vendre un stage de formation pour remédier à leurs déviances manifestes. Ou bien ont-elles un ‘intérêt bien compris’ à agir comme elles le font ? Car il ne s’agit de toute évidence pas de femmes qui subissent mais qui agissent en toute conscience. Auquel cas on ne voit pas dans la théorie de celle-ci où se niche ce type de comportement. Serait-ce que certaines femmes jouent de leur charme pour ‘parvenir’ ? Serait-ce que le monde dans lequel nous vivons suscite ce genre de ‘pratique’ ? On pourrait évidemment se demander si ce sont des cas isolés ou pas plutôt la règle dans certains milieux comme Hollywood ? Le parcours de Caroline de Haas ne révélerait-il pas justement un narcissisme assez voisin typique de notre époque ? En tous cas, elle a réussi à braquer les caméras sur elle. Son projet entrepreneurial efficace lui a ouvert la voie du succès médiatique et lui apporte le soutien des bobos, elle a fait partie d’un gouvernement de gauche et en a pris ses distances au moment opportun. Comme dirait Macron : elle est de ceux qui ont « réussi leur vie ».

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Terminons par une attention au parcours de cette dame – parcours qui est d’ailleurs un cas d’école : élevée dans le sérail de la gauche bon chic bon genre, elle fut dans les sphères dirigeantes de l’UNEF, syndicat étudiant ‘croupion’ – qui ne survit que grâce aux subventions que l’État lui alloue – à l’époque où, du reste, eurent lieu en son sein des agressions sexuelles à répétition qui ont été dénoncées et dont elle n’a étrangement pas entendu parler. Elle navigue maintenant dans les eaux glauques de la gauche extrême (6) où elle fait de bonnes pêches pour ce qui est en train de devenir son ‘parti’ féministe. Son discours peut plaire à ceux qui, à gauche, cherche de l’extrême. Ça ne l’empêche pas de manger à tous les râteliers : les ‘formations’ qu’elle propose consistent à faire de bons petit(e)s soldat(e)s pour le féminisme qu’elle incarne : de bons managers, de bonnes cheffes d’entreprise (…de bonnes patronnes ?), pour aménager les mentalités en entreprise ou dans les médias sur son sujet de prédilection, sur lequel ‘elle a fait son trou’. … Quelle révolution !

Pour quelqu’un qui, du reste, abandonne le combat sur l’internet parce qu’elle subit trop de harcèlement (…médiatique cette fois) elle garde un œil et une stratégie qui y est bien ancrée. On peut lire sur leur compte twitter : « Groupe whatsup pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles en démultipliant la présence des féministes sur les réseaux sociaux. » A croire que les réseaux sont, pour elle, incontournables ! Comme le disait Ménard à l’époque où il était le chef de Reporter Sans Frontières : « La médiatisation de notre action n’est pas un supplément d’âme, c’est notre raison d’être. » (7). Pour De Haas, c’est la même chose. Elle se reproche maintenant d’avoir été un peu trop accro : interview à Street Press du 11 février : « (…) Je devenais complètement folle, j’en venais à chouiner quand BFM appelait quelqu’un d’autre que moi. » (8) Les lamentations féministes sont évidemment son sujet et le caractère névrotique sur lequel elle passe ici sans s’attarder a son importance. Pour elle donc, le monde n’existe que parce qu’il est (re)présenté …dans les réseaux sociaux et autres médias. Le monde réel ne vient qu’au second plan.

Comme le dit C. Lasch « C’est le déclin du débat public, […] qui fait que le public est mal informé, malgré toutes les merveilles de l’âge de l’information. » Ce n’est pas parce que Mme De Haas sera présente sur les réseaux sociaux que les problèmes qu’elle pose seront correctement posés. C’est plutôt parce que son message ne permet pas le débat que le public sera mal informé et en viendra à détester le féminisme. Celui dont elle se revendique reste dans la droite ligne de la pensée libérale ambiante et le véhicule des réseaux sociaux se prête parfaitement à ce type de contenu. Chaque monade isolée pourra se défouler devant son écran pour vilipender les hommes qui devront se tenir comme il faut car les censeurs veillent ! Elle ira même jusqu’à solliciter une accusatrice d’un ministre à renouveler sa plainte pour viol – par contre, elle n’a incité aucune des accusatrices potentielles de Ramadan, c’était peut-être un peu plus risqué et tellement pas dans l’air de la gauche avec lequel elle batifole (9) !

On voit dans quel bourbier on est dirigé avec l’idéologie de ce genre de féminisme. Il est temps de s’en guérir.

0- https://www.streetpress.com/sujet/1518370258-caroline-de-haas-machine-buzz-feminisme

1- film sur le harcèlement à Bruxelles https://www.dailymotion.com/video/xsi69g

2- l’expression est dans la tribune signée par Shalmani, Deneuve, Millet, Sastre, etc,

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées. » Tartufe de Molière. Les esprits des féministes tels De Haas ne seraient-ils jamais occupées par les « coupables pensées » ?

3- dans Malaise dans la Civilisation

4-…un quart de seconde, dit-elle dans une vidéo. Les femmes comprennent tout de suite, les hommes comprennent pas ! dit-elle.

C. De Haas : c’est clair, c’est toujours clair. – Abnousse Shalmani : Non, ce n’est pas vrai ; on a toutes pu être à un moment dans le doute. – CDH : les femmes comprennent très bien quand elles ne veulent pas et les hommes ne comprennent pas… – AS : mais ça n’existe pas : ‘des femmes’, il y a toute une diversité de femmes. Mais c’est vrai qu’il y a cette chose-là, dans la séduction, qui est vraiment compliqué. On tombe rapidement dans la littérature ou dans la psychanalyse.

5- c’est le très chrétien Augustin qui pensait que ‘avant la Chute’ le désir était soumis à la volonté. C’était une punition divine ( encore une !) d’avoir ‘déconnecté’ les deux.

6- elle s’est opposé du temps de Hollande à la loi dite ‘Travail’ trahissant son parti d’origine aux ministères duquel elle avait pourtant participé.

7- http://www.homme-moderne.org/plpl/n5/p3-4.html

8- http://www.ozap.com/actu/caroline-de-haas-quand-je-fais-les-grandes-gueules-je-me-sens-comme-une-grosse-merde/551029 ou https://www.streetpress.com/sujet/1518370258-caroline-de-haas-machine-buzz-feminisme …article ayant pour titre évocateur : Des couloirs des ministères aux plateaux télé, Caroline De Haas bouscule les hommes et leurs privilèges. Portrait d’une militante radicale bien installée dans le sérail. Ce qui nous permet de conclure magnifiquement que Caroline de Haas, en bousculant les hommes devant les caméras, devient une militante …« radicale ».

9- « Nous sommes arrivées avec les mêmes désirs de liberté, les mêmes regards portés sur le présent et l’avenir [que vous, féministes de France]. Un avenir d’égalité hommes-femmes, d’égalité hétérosexuel-le-s/ homosexuel-le-s et d’égalité sociale ; mais, voilà, aujourd’hui, vos regards se détournent de nous, vos mains se tendent à celles et ceux qui nous obligent à l’exil, votre fascination va vers celles et ceux qui placent les « lois divines » au dessus de tout. Des « lois divines » où charité ne peut pas rimer avec solidarité citoyenne. L’égalité des sexes ne peut pas se conjuguer avec patriarcat et suprématie de l’homme. Homosexualité et libres désirs ne peuvent pas se retrouver dans le même lit que procréation et soumission.Aujourd’hui, au nom des valeurs et des luttes et du projet de société que nous partageons avec vous, nous vous interpellons haut et fort pour nous répondre et nous expliquer votre fascination pour des femmes qui mettent la loi divine au dessus de tout. Au nom de ces dernières, les femmes sont tout simplement niées dans leur existence. » http://www.gaucherepublicaine.org/author/feministes-laiques-algeriennes-etiraniennes-785 et aussi : « je ne peux plus me revendiquer d’un mot [féminisme] qui est devenu un fourre tout nauséabond de paranoïa, de morale, de vertu, de victimisation, de religiosité, de séparatisme, d’hystérie. » Abnousse Shalmani dans le magazine Marianne.