Appel d’un analphabète.

Contre la tribune de quatre-vingt intellectuels.

22/04/2022

 

Avec cette tribune * on nage en plein délire. Mais un délire permis et encensé. Orwell avait bien vu que « il y a de telles absurdités que seuls des intellectuels peuvent y croire. » Nous pensons que ceux qui s’expriment ici sont de cette catégorie. Au moins quand ils font cette proclamation.
Le point fondamental consiste à dire, évidemment comme toute la presse à gros débit ne cesse de le répéter depuis le 24 février, qu’il faut « soutenir les ukrainiens ». La confusion est installée dès le départ. Il y a bien des ukrainiens en Ukraine. On s’en doutait. Mais pas seulement. Ces gens pourtant éminemment cultivés auraient-ils eu vent de l’existence d’une population russe importante ? Apparemment non. En tous cas, ils n’en parlent pas. Savent-ils ou feignent-ils d’ignorer que les hostilités n’ont pas commencé le 24 février 2022 avec l’invasion russe. Une semaine avant, l’armée de Zelenski accentua son pilonnage du Donbass qui, en fait, avait commencé en 2014 avec la sécession des deux républiques refusant la tutelle ukrainienne. Et qui n’a pas cessé depuis huit ans. Cette cécité sélective est bien celle des intellectuels à la botte toujours prêts à défendre le pouvoir – nous y reviendrons.
Il y a donc plusieurs peuples en Ukraine et nos « fameux » intellectuels entretiennent l’idée fausse que les ukrainiens se sont levés (…tous ensemble !) contre l’agresseur russe. Ils n’ont pas vu la sympathie que moult « ukrainiens » ont montré vis à vis des « agresseurs ». Cela leur a malencontreusement échappé… Tout comme le soulèvement populaire contre le pouvoir central (…ukrainien) dans les républiques du Donbass dès 2014. Et qui perdure aujourd’hui plus que jamais.
Il n’est bien sûr rien dit, dans la tribune, du traitement fait aux « russophones » pendant toutes les années qui ont suivi la pseudo révolution dite du Maidan. Les meurtres individuels ou collectifs (particulièrement ceux de la maison des syndicats d’Odessa) ne les ont nullement émus. Bien entendu. Ce sont – pour eux, peut-être, mais pour la presse à gros débit, c’est sûr – des émotions non permises, illégitimes. Seul crier avec les loups (…les puissants !) est honorable pour ces gens-là. Les victimes désignées comme telles par les puissants sont les seules qui vaillent, n’est-ce pas ? Les politiciens européens, l’inénarrable Biden, le comédien Zelenski et la cohorte des journalistes prêcheurs de haine anti russe, tout ça est louable. Car il y a les haines licites – qui n’en sont donc pas ! – et les autres. Que les enfonceurs de portes ouvertes doivent dénoncer en grande pompe.
Le soutien qu’ils veulent « sans calcul ni réserve » dit bien ce qu’il veut dire. Ne réfléchissez pas ! Soutenez les troupes de l’État ukrainien. Encore une fois, et comme toujours, faites confiance aux puissants. Toute recherche, tout pas de coté, toute réflexion serait nulle et non avenue. Là encore, il n’y a pas d’alternative ! Ou alors c’est du complotisme, bien entendu.
Ces messieurs-dames ne se posent pas de question sur le fait que « une trop grande partie de l’opinion s’est rangé du coté du dictateur russe ». Pourquoi donc l’ont-ils fait alors qu’à l’évidence, il faut prendre position pour la troupe de l’État ukrainien ? Ils n’y voient qu’une déviation pathologique d’un certain « anti-impérialisme ». Et le tour est joué. Ces intellectuels (qui se proclament ‘vrais anti-impérialistes’, bien sûr) pensent qu’ils en ont fait bien assez en dénonçant « l’écrasante responsabilité des puissances occidentales petites et grandes dans la dévastation de notre monde. » Ils nous ont dit qu’il fallait dénoncer l’Occident mais maintenant, c’est fini, il faut s’arrêter. Que ne nous disent-ils pas pourquoi ! Bien dommage que cette tribune n’en dise pas un mot. Et quand ils nous disent qu’il faut défendre la liberté des ukrainiens on se demande pourquoi ils n’y vont pas de la même indignation quand les russes d’Ukraine se font massacrer.
S’agit-il de prendre parti pour Poutine ? Non. Mais de voir que les agresseurs ici ne sont pas seulement ceux que dénoncent les médias et les pouvoirs en place. Il y a des raisons de se méfier d’un Poutine et de ses arguments impériaux pour envahir l’Ukraine. Mais est-ce suffisant pour accepter que les États-Unis et l’OTAN envoient au casse-pipe tous ces ukrainiens qui n’ont pas le choix ? Faut-il oublier le pouvoir que les paramilitaires ont dans ce pays vérolé par la corruption, sans doute pire qu’en Russie ? Les laboratoires américains qui s’y trouvent ne prouvent-ils pas assez que l’État ukrainien est devenu une tête de pont de l’OTAN et de tout ce qui se fait de pire en Occident ? Sommes-nous dans l’obligation d’apprécier le show que nous mène le comédien Zelenski ? Et l’indécence de Biden qui clame, entre autres inepties, vouloir guerroyer « jusqu’au dernier ukrainien » ?
Tout est pitoyable dans cette tribune.
Ceci ne saurait être complet si on ne dit mot de Noam Chomsky. Cet homme qui a remarquablement analysé la « fabrique du consentement » avant de tomber des deux pieds dans le panneau qu’il avait dénoncé. Ce même intellectuel qui réclama il y a peu l’internement des « non vaccinés » (lire : non injectés avec les substances que Pfizer et autres ont qualifié de « vaccins ») ! Décidément, tombé bien bas, il poursuit sa chute.    

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https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/04/18/l-appel-de-80-intellectuels-ne-nous-trompons-pas-de-combat-il-faut-soutenir-les-ukrainiens-sans-calcul-ni-reserve_6122656_3232.html 

Appel de quatre-vingt intellectuels, « ne nous trompons pas de combat, il faut soutenir les ukrainiens sans calcul ni réserve »

Lundi 18 Avril 2022

Plus de quatre-vingts écrivains et universitaires de pays dont la population est plutôt favorable à Vladimir Poutine, parmi lesquels l’indienne Arundhati Roy, la libanaise Hanan al Cheikh, la tunisienne Sophie Bessis et le nigérian Wole Soyinka, prix Nobel de littérature, demandent dans une tribune au Monde à tous ceux qui réclament pour eux la liberté de soutenir les ukrainiens.

Depuis Jeudi 24 Février 2022, Vladimir Poutine mène une guerre de conquête contre l’Ukraine. Son armée bombarde et détruit les villes et elle tue des civils par milliers, comme elle l’a fait en Tchétchénie et en Syrie. Les ukrainiens résistent. Il faut les soutenir sans calcul ni réserve.

Dans la plupart de nos pays pourtant, une trop grande partie de l’opinion s’est rangée du côté du dictateur russe. Au nom d’un anti-impérialisme qui s’est mué au fil des ans en haine passionnelle, elle applaudit quiconque s’oppose à l’occident.

Nous mesurons l’écrasante responsabilité des puissances occidentales petites et grandes dans la dévastation de notre monde. Nous avons dénoncé les guerres qu’elles ont menées pour assurer la pérennité de leur domination sur de vastes régions, dont les nôtres, et nous avons condamné leur défense de dictatures indéfendables pour protéger leurs intérêts. Nous savons leur usage sélectif des valeurs dont elles se réclament, laissant mourir à leurs portes les réfugiés venant du sud et accueillant les leurs à bras ouverts. Mais ne nous trompons pas de combat. Tous ceux qui réclament pour eux la liberté et qui croient dans le droit des citoyens à choisir leurs dirigeants et à refuser la tyrannie doivent soutenir les ukrainiens. La liberté doit être défendue partout.

Pour notre part, nous refusons de soutenir quelque dictature que ce soit au prétexte que ses adversaires seraient nos ennemis. A défendre la guerre de Vladimir Poutine, nous nous privons de notre propre droit à être libres.

Premiers signataires

Gilbert Achcar, Souhayr Belhassen, Akram Belkaïd, Tahar Ben Jelloun, Ali Bensaad, Noam Chomsky, Amira Hass, Kamel Jendoubi, Abdellatif Laabi, Ziad Majed, Farouk Mardam Bey, Arundhati Roy, Leïla Shahid, Wole Soyinka