Glossaire de quelques idées transmises dans le vocabulaire utilisé par les médias, politiciens et autres manipulateurs manipulés.

Et ce qui s’ensuit.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. »

A. Camus

Afin que les mots du débat ne nous contraignent pas à adopter les idées qu’ils charrient et dont nous ne voulons pas, contre lesquelles nous nous battons.

 

Les articles qui suivent sont datés. Nous serons amenés à ajouter et/ou à modifier des éléments en fonction de l’évolution de l’actualité.

1) pacifiste/pacifique : 21/01/2019

Le mot pacifiste est souvent employé à la place de pacifique. Quand certains Gilets Jaunes de Béziers disent « nous sommes pacifistes », s’agit-il bien d’une idéologie de la non-violence comme celle de Gandhi ? Ou est-ce plutôt une confusion – volontaire ou pas – entre les deux mots ? Vu l’environnement journalistique et les réflexions sommaires ayant cours dans les réseaux sociaux, il importe de mettre cela au clair et de donner un sens à cette confusion dommageable.

L’adjectif « pacifiste » implique qu’en aucune occasion on aura recours à la violence. Par principe. Alors que « pacifique » signifie que la violence n’est pas utilisée …ici et maintenant ! Pour des raisons diverses. Ça peut être par rejet méthodique et systématique – …alors on est pacifiste ! – mais aussi par simple stratégie sur le moment, parce que la violence est, dans une conjoncture donnée, inutile ou pas souhaitable. En d’autres termes, on peut être pacifique parce qu’on n’a pas besoin de la violence ou parce qu’avec la violence on sait qu’on serait balayé par des adversaires plus forts que soi. Tout en se disant, en même temps, que la violence est indispensable dans certaines circonstances. Camus disait qu’il fallait être non violent autant que possible tout en gardant à l’esprit que le renoncement par principe à la violence était (malheureusement) illusoire. Il était d’une génération qui avait vécu la guerre de 39/45 et avait expérimenté cette incapacité de la non violence à atteindre certains buts. La France aurait-elle été libérée des nazis s’il n’y avait pas eu une force plus considérable pour les affronter ? Pour prendre une comparaison plus actuelle : est-il possible de lutter contre des islamistes armés et qui entreprennent de tuer des gens, en utilisant une stratégie non-violente ? Généralement donc, est-il possible, devant une force brutale, d’avoir une pratique non-violente efficace ? Même Gandhi dira : « s’il ne reste le choix qu’entre la violence et la lâcheté, je préfère la violence. » Précisons quand même que le refus de la violence n’est pas synonyme de lâcheté bien entendu mais la lâcheté peut conduire à la non violence.

À Notre Dame des Landes, par exemple, on a assisté à des échanges entre certains idéologues d’ATTAC qui prônaient la non-violence et disaient – on en vient ici à l’essentiel – que tous ceux qui utilisaient la violence à NDDL ne pouvaient que trahir le mouvement d’occupation de la ZAD. Celui-ci étant ‘par essence’ pacifique. Ce que des occupants – en prise directe avec les événements et surtout …avec la police – ont relevé et contredit promptement. Ils revendiquaient leur violence. Sans enthousiasme bien sûr. Ne l’utilisant que par nécessité.

On pourra lire :

http://faut-le-dire.over-blog.com/pages/ZAD_Notre_Dame_des_Landes_Comment_se_faitil_que_les_zadistes_aient_attire_tant_de_sympathie_-8444743.html   et/ou   http://faut-le-dire.over-blog.com/pages/Testet-8996190.html

Avec les Gilets Jaunes, à l’heure qu’il est, on en revient à la même séparation arbitraire entre ceux qui sont violents et les non violents. Particulièrement en désignant les premiers comme des ‘casseurs’ venus simplement s’agréger au mouvement sans qu’on puisse dire qu’ils en faisaient partie. Il a fallu – pour que la réalité apparaisse – constater que le profil des interpellés de la première manifestation à Paris n’étaient en aucun cas celui des ‘casseurs’ que l’on supposait, de « pros » de la casse. L’évidence tombait : non, ceux qui ont affronté la police étaient bien des Gilets Jaunes qui avaient été violents ! De plus, ne s’y étant guère préparés. Exit donc le mensonge selon lequel il n’y avait dans les affrontements avec la police que des ‘casseurs’ extérieurs au mouvement. Ce qui, bien sûr, ne signifie pas qu’il n’y avait aucun casseur extérieur au mouvement. Non seulement il y en avait mais il y avait aussi probablement des flics qui poussaient à l’affrontement que le gouvernement souhaitait alors pour discréditer le mouvement et effrayer le plus de manifestants possible.

Notons tout de même que les critères de la violence instaurés par la Justice sont parfois des plus étranges. Sachant qu’un masque de tissu ou des lunettes de piscine pour se protéger des gaz lacrymogènes sont considérés comme des armes – et, s’il s’agit d’un masque à gaz, comme une arme de guerre – on peut se demander si les critères pour établir que des gens ont été violents, sont, dans ces conditions, bien pertinents. Plusieurs parmi ceux qui furent traînés devant les tribunaux ont été considérés comme fauteurs de violence pour cette seule raison : porter un masque de protection ou posséder des collyres pour soigner l’effet des lacrymos.

Certains Gilets Jaunes font aussi ce distinguo entre ‘nous’, les bons, les vrais qui sommes ‘pacifistes’ et ‘eux’ qui ne sont que des casseurs, des imposteurs. Qui ne sont pas des braves gens comme ‘nous’, bien entendu.

Quelle est donc l’origine de cette violence venant de gens qui ne s’y préparaient pas du tout ? il nous a été donné de constater que certains Gilets Jaunes sont devenus violents du fait de leur incapacité à cerner ce qu’ils voulaient. Ils ne trouvaient ainsi que la violence pour exprimer une insatisfaction indicible autrement. Ce constat, n’importe lequel des Gilets Jaunes présents dans les ronds points pouvait le faire mais certains préféraient ne pas voir. Trop heureux de pouvoir se prévaloir du camp du Bien… et de la non-violence.

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 » je m’adresse aujourd’hui à toute la maison, aux gradés, aux officiers comme aux patrons […] Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. […] Dites-vous bien et répétez-le autour de vous :  toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limite. » Maurice Grimaud (29 mai 1968) préfet de police de Paris.

Autres temps, autres mœurs :

« … je n’ai jamais vu un policier ou un gendarme attaquer un manifestant ou un journaliste… »  Christophe  Castaner, ministre de l’Intérieur. (15 janvier 2019)

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Ce faisant, on est passé à coté d’une question pourtant essentielle : pour quelles raisons cette flambée de violence venant de leurs camarades, Gilets Jaunes comme eux ? Il y avait bien évidemment aussi pour certains d’autres raisons que leur incapacité à analyser, à débattre, à revendiquer.

Les faits aujourd’hui apparaissent assez clairement : le gouvernement a soufflé sur les braises. Les lancers de grenades, les tirs de flashball ont été extrêmement nombreux. Le nombre de blessés graves est tout à fait impressionnant. Du jamais vu depuis des décennies. Autant de flashballs tirés en deux mois qu’en vingt ans ! Il faut bien constater que la violence de la police a déclenché la colère de beaucoup de gens paisibles qui n’avaient, pour certains, jamais manifesté de leur vie. Le cas du boxeur est, en l’espèce, emblématique. Il a fait ce que beaucoup auraient aimé avoir la capacité de faire eux-mêmes.

Une chose est certaine : beaucoup de manifestants Gilets Jaunes ont pu constater ce dont était capable une police asservie à un pouvoir d’un cynisme grandissant.

« Lorsqu’ils se trouvent confrontés à de l’opposition devant leurs initiatives, ils révèlent la haine venimeuse qui se cache sous le masque de la bienveillance bourgeoise. La moindre opposition fait oublier aux humanitaristes les vertus généreuses qu’ils prétendent défendre. Ils deviennent irritables, pharisiens, intolérants. » (Christopher Lasch)

Macron et Varoufakis : les  » gauches « 

Un pouvoir qui pourtant s’est voulu, proclamé l’incarnation de l’ouverture et de la tolérance. Qui a fustigé la « brutalité » et la « haine » des manifestants. Le ministre de l’Intérieur a même déclaré que les manifestants venaient … « pour tuer ! » Ce qui est un comble quand on sait que les blessés graves se trouvent chez les manifestants et non du coté de la police. Ce même pouvoir a donc exercé sa force avec la brutalité qu’il n’a cessé d’attribuer aux manifestants et a montré à quelle dose de mépris il tenait ceux qui le contestaient. Il a aussi contribué à transformer la Justice en garante de l’Ordre plutôt qu’en garante de la Justice. Celle-ci a suivi la même pente servile que la police en condamnant les Gilets Jaunes à tours de bras.

La dérive du sens des mots a contribué à souvent fausser le débat à l’intérieur du mouvement et dans le public en général ; les journalistes et politiciens y ont, évidemment, largement contribué en aiguillant les mots dans le sens qui les avantageait. Mais il est vrai qu’aujourd’hui la vérité sort du fond du puits. Aidons-là à sortir.

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2) Radicalisation : 27/01/2019

La confusion est constamment faite entre la violence et la radicalisation. Comme si le seul critère de radicalité était la violence. On ne dira peut-être pas assez que les mots ‘radicalité’ ou ‘radical’ proviennent du mot… ‘racine’. On est donc radical quand on prend les problèmes à la racine. Il est donc évident que ‘prendre les choses à la racine’ signifie avant tout avoir (eu) une réflexion pour identifier la racine des maux dont on parle, que l’on subit,…

Exemple : Le mouvement socialiste du XIX° s. a, au sein de la Première Internationale, élaboré une théorie du capitalisme et une stratégie de combat de la classe ouvrière sur l’exploitation de laquelle repose le système. C’est cela, être radical dans ce cas. Savoir les raisons et la source de l’exploitation que l’on subit – ou que certains subissent – et pouvoir agir en conséquence sans se laisser dévier par des aspects secondaires ou les diversions des adversaires.

Qu’entend-on aujourd’hui quand les journalistes nous disent que tel ‘petit truand’ s’est radicalisé en prison ? On fait référence à l’islamisme auquel il s’est converti. Et cette utilisation est tellement fréquente que tout le monde comprend de quoi il s’agit… puisque c’est la langue devenue usuelle chez les flics et surtout les journalistes et les politiciens ; en conséquence, qui s’étend à tous. Le mot ‘radicalisé’ est ici plus qu’abusif. Un apprenti terroriste qui a intériorisé le catéchisme islamiste et s’est transformé en brute violente et sans scrupule (mais croyante) est simplement un musulman extrémiste et violent. Qu’est-ce que sa conception de l’islam a de radicale ? Rien de plus ou de moins que n’importe quelle autre… Une interprétation des plus littérales ? peut-être. Mais comme le dit Boualem Sansal : « Dès qu’on sort de la pratique individuelle pour l’imposer à d’autres, on est un islamiste, que l’on soit modéré ou fanatique. » Il n’est pas question de radicalisme mais de modération ou de fanatisme dans une religion qui a été donnée par le Coran, parole du Dieu lui-même. Des islamistes peuvent être violents, ils ne sont pas pour autant ‘radicaux’. « L’usage ad nauseam de ce terme [ radicalisé ] ne veut plus rien dire… le mot « radicalisé » ne sert à rien qu’à occulter le débat. » dit Gilles Kepel.

 

À l’opposé, les journaux ne diront jamais que le gouvernement s’est radicalisé en exerçant une violence terrible sur les gilets jaunes dans les manifestations ou en réinvestissant les ronds points à coups de matraque après les avoir laissés aux contestataires pendant plusieurs semaines. Or, c’est bien de cela qu’il s’agit : l’État et son gouvernement reviennent au fondement de ses prérogatives. Comme on l’a entendu maintes fois de la part des ministres dans le cas des gilets jaunes il est celui qui exerce la « violence légale ». C’est donc bien la ‘racine’ de l’État, ce « monstre froid » qui a le monopole de la violence légale. Si on est en droit de dire que l’État s’est radicalisénon pas parce qu’il exerce la violence mais parce qu’il utilise son droit à la violence – les politiciens, journalistes, etc ne le diront jamais car ils réservent le mot de radicalité ou radicalisation à des révolutionnaires, des islamistes, c’est à dire le domaine …du ‘mal’.

Le mot a acquis une telle connotation péjorative en étant utilisé uniquement dans le cas des islamistes ces dernières années que dire de quelqu’un qu’il s’est radicalisé ne signifie plus qu’une chose : qu’il est acquis à une idéologie malsaine et, de plus, violente. Le mot ‘radicalisation’ a donc pris un sens détourné à force de l’employer dans celui qui n’est pas le sien.

 

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