« Policiers, suicidez-vous ?  »      22 / 04 / 2019

Nous pouvons entendre et lire dans les médias après la manifestation des Gilets Jaunes Acte XXIII de samedi 20 avril 2019 que des politiciens et, au-delà, des gilets jaunes eux-mêmes trouvent inadmissibles de tenir de tels propos.

Depuis le début du mouvement, sur un panneau bien en évidence dans un rond point à l’entrée de l’autoroute, on peut lire en très grosses lettres : « Macron enculé ». Voilà qui n’a rencontré au début du mouvement des GJ, aucune réprobation. L’inscription est toujours là (été 2019). Dans les manifestations on peut ouïr encore très souvent : « Emmanuel Macron, ô tête de con, on va te chercher chez toi, etc » Là non plus, aucune réaction vis à vis de cet acte de lèse-majesté. Il se trouve que nous ne sommes plus au mois de novembre 2018 ; aujourd’hui la moindre anecdote est passible d’amende voire d’emprisonnement, en tous cas de l’indignation (très sélective ! ) des bien pensants.

En attendant la suite de cette ténébreuse affaire, on peut constater les actions des défenseurs de l’ordre. Plus autant de flash balls – les autorités auraient-elles infléchi leur politique répressive depuis la condamnation de la part de la Commission européenne et de l’ONU ? – mais tout autant de répression physique des manifestants. C’est maintenant le bal des motards qui tournent autour et cueillent les personnes dans les manifestations. Comment s’étonner donc après 23 semaines de manifestations que les esprits ne soient échauffés ? même les GJ Rodriguès et Ludovski sont capables de comprendre ça. On a quand même du mal à comprendre les raisons qui les poussent à condamner leurs camarades qui entonnaient le « Policiers, suicidez-vous ! » samedi dernier. A croire que l’eau a coulé sous les ponts et qu’il leur fallait afficher un profil plus ‘présentable’ face aux autorités. Le mouvement des Gilets Jaunes qui, jusqu’à présent, avait montré un visage d’une liberté surprenante comparée aux stéréotypes des moutons de l’intelligentsia (1) boboïste est sur la mauvaise pente. Ceci est vrai au moins pour certains de ses ‘chefs’…

Rodriguès dira lui-même qu’un policier lui avait demandé s’il lui crevait l’autre œil. Là aussi un humour assez noir de la part d’un ‘fonctionnaire de l’ordre public’. Et combien d’autres du même genre n’a-t-on pas dû endurer ! On peut être surpris qu’aucun des ‘moutons’ qui s’insurgeaient à la suite de cette manifestation contre le « suicidez-vous ! » n’aient trouvé à redire par rapport à ces provocations répétées de la part des soldats de l’Ordre.

Et il faut bien dire qu’une fois de plus, les mêmes ‘moutons’ nous ont resservi la fable des GJ se comportant comme des ‘émeutiers’ et non comme des manifestants. Voilà qui est bien étonnant : des milliers de blessés du coté des ‘émeutiers’ et du coté des forces dites de l’ordre on attend toujours le décompte et la gravité des blessures occasionnées. Jusqu’à présent, ceux qui tiraient des projectiles, lançaient des grenades, donnaient des coups de matraque, ce n’étaient pas les émeutiers mais les policiers et autres CRS. Drôle d’émeutiers donc qui sont incapables de commettre des blessures, cela ne correspond en rien au statut que leur attribuent les ‘moutons’. Mais les ‘moutons’ ont tant d’imagination…

On remarquera que ces pseudo émeutiers se sont fait prendre pour la énième fois dans la nasse de la place de la République à Paris. Vraiment, la stratégie n’est pas leur fort ! Toute cette blague des émeutiers prêterait bien à sourire si tant de spectateurs et autres déglingués du cerveau n’y croyaient pas. En fait, le sérieux le plus élémentaire inviterait à penser qu’il s’agit d’une révolte. Qui a pu conduire à des violences comme toute révolte – ne serait-ce qu’en réponse aux violences policières ! – Mais dans laquelle la stratégie n’a quasiment aucune place. Même dans l’histoire de l’engin qui a défoncé le portail d’un ministère il n’y avait aucune intention de pendre le sinistre qui y logeait, seule la mauvaise foi permet de penser autrement. L’occasion (…de trouver l’engin près de la porte en question ) a fin le larron, voilà tout. Et la porte tombée tout était terminé. Belle émeute !

Il s’est déroulé autre chose de ‘remarquable’ ce samedi à Paris et qui n’a pas échappé à quiconque s’intéresse au mouvement des GJ mais à coté duquel les ‘moutons’ sont complètement passés. La police macronienne s’intéresse maintenant de près à la presse. On savait que les pouvoirs n’aiment rien moins que leur larcins aient quelque publicité auprès du grand public. Mais le pouvoir macronien est largement au dessus de ce qui a été dans ce domaine ces dernières années. Imaginez que s’il n’y avait pas eu la presse on n’aurait peut-être pas su que Benalla, le chouchou du président, jouait les gros bras dans les manifestations en lynchant des jeunes gens. Tiens, tiens, à cette époque déjà, on aimait la castagne ! Il est étrange que nos beaux esprits : les Ciotti, Estrosi et autres maniaques de l’Ordre (mettons-y une majuscule car il s’agit là d’une divinité importante dans leur panthéon) n’aient pas trouvé d’indignation pour tout ça. Nous en sommes là.

Difficile de croire, en conséquence, qu’il n’y a pas une gradation dans les moyens recherchés contre ces satanés GJ qui sont toujours là après 23 semaines. On ne peut plus gouverner tranquillement, quoi ! On s’attaque aux manifestants dans une répression qui n’a eu aucune commune mesure avec tout ce qui fut fait pendant ces dernières décennies. Comme tout ça ne rentre pas dans l’Ordre (osons encore la majuscule) on devient conciliant. On fait un discours auquel personne ne croit. On lance un débat auquel personne ne croit mis à part les tenants du système qui y participent. On fait ensuite des lois qui renforcent les capacités répressives en siphonnant le parti de droite en pleine dépression. Que faire maintenant ? Eh bien, attaquons-nous à la presse (2) qui dévoile les vérités que les spectateurs de la presse-relais-du-pouvoir ne veulent pas voir (on ne peut pas dire que la télé a mis l’accent sur les policiers tabassant des manifestants. Cela évidemment donne la possibilité à un Castaner de dire, avec un aplomb stupéfiant, qu’il n’a pas connaissance de policiers agressant des manifestants ! ) Comme le dit Aldous Huxley, « les faits ne cessent pas d’exister parce qu’on les ignore. » et on voit que malheureusement, pour beaucoup de ceux qui veulent obstinément croire ce qu’on leur raconte (parce que ça les arrange ; ça conforte leur inactivité, leur volonté de s’enterrer dans leur quotidien vasouillard), la réalité est ce qu’ils voient… jusqu’au moment où les choses changent ! Il est donc urgent de faire en sorte que ça change.

(1) « Les actuels moutons de l’intelligentsia […] ne connaissent plus que trois crimes inadmissibles, à l’exclusion de tout le reste : racisme, anti modernisme, homophobie. » Dernière en date : l’islamophobie.

Guy Debord, « Lettre à Michel Bounan du 21 avril 1993 », Correspondance, vol. 7, Fayard, 2008, p. 407.

(2)  » Après avoir décidé de son placement en garde à vue pendant tout un week-end, l’empêchant ainsi de diffuser les images de son travail lors de cette manifestation, le procureur a requis l’interdiction à Gaspard Glanz de paraître à Paris d’ici son procès qui aura lieu le 18 octobre… Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, un grand nombre de manifestants étaient toutes les semaines interdits de se rendre à Paris, les empêchant d’exercer leur liberté fondamentale de manifester. Aujourd’hui, l’institution judiciaire veut en plus interdire à un journaliste de faire son travail. Ce n’est pas une peine, c’est un contrôle judiciaire. Ce qui le justifie, je ne sais pas, parce que cette décision n’est pas motivée. »  dit l’avocat du journaliste Gaspard Glanz de l’agence Taranis News. Note ajouté le 22/04 au soir.

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Le malin Ménard  05 / 02 / 2019

Lundi 4 février avait lieu au palais des congrès de Béziers un débat organisé par son maire, le célèbre Robert Ménard. Il est évident qu’un débat organisé d’en haut comme celui-là ne peut que poser beaucoup de problèmes. Nous y reviendrons. Ce ne sont pas ceux qui étaient sur les ronds points qui l’avaient organisé mais ce maire qui avait défilé avec les Gilets Jaunes pendant la manif de Béziers du 1° décembre mais qu’on n’avait plus vu depuis. Depuis que les choses s’étaient considérablement gâtées dans les manifestations, depuis que le gouvernement a sorti ses gros bras et ses flashballs, ses flics et ses magistrats à la botte. La position devenant délicate pour un élu de la République plus soucieux de sauvegarder sa réputation que sa fidélité aux luttes des Gilets Jaunes. Il n’a d’ailleurs fait aucune déclaration pour condamner ces abominables violences policières.

Tout ça ne l’a pas empêché de se réclamer des GJ dès le début de ce débat.

La salle était comble, on a même rajouté des chaises et beaucoup de personnes ont dû rester debout. Certains arboraient fièrement leurs gilets jaunes. Mais la majorité n’en portaient pas qu’ils fussent avec les Gilets Jaunes ou pas.

M. Ménard annonça vite la couleur. Sur l’affiche il était indiqué que le débat était ouvert à tous. Et il rajouta qu’on pouvait tout dire. Un petit air de liberté soufflait dans la salle. Ça n’allait pas durer. Il introduisit très habilement le débat en indiquant qu’il avait laissé en mairie un cahier pour les doléances des biterrois – les allusions à la révolution française abondent ! – Les dites doléances avaient été dépouillées et une synthèse en avait été faite par ses services. Il en montra sur un immense écran le résultat. Évidemment ce sont ses services qui avaient tout classé en rubriques : gouvernement, fiscalité (taxes et impôts), retraites, citoyenneté, etc sans oublier l’immigration bien entendu.

Cette synthèse aurait pu n’être que purement indicative des doléances déjà écrites. Sauf que celui-ci, avec une certaine habileté encore, s’en est servi pour canaliser le débat avec les thèmes que lui-même avaient délimités. On pouvait donc tout dire MAIS …en restant dans les thèmes décidés par l’édile habile. Ceci passa comme si de rien n’était. Les premières interventions furent faites par des GJ qui proposaient rien moins que d’instaurer la démocratie directe. On se demande si certains comprenaient bien de quoi il s’agissait et surtout tout ce que ça impliquait, en quoi celle-ci contredisait complètement le système politique en vigueur. Cette incompatibilité totale avec les structures politiques actuelles ainsi qu’avec l’économie de marché mondialisée était incontestablement sous estimée. lire http://faut-le-dire.fr/index.php/2016/08/26/democratie-critique/

Une intervention fut particulièrement applaudie, d’un GJ qui mit en avant tout ce qui, à notre sens, devait l’être. « le débat qui a lieu aujourd’hui, comme les autres débats, ont été organisés PARCE QUE le mouvement des GJ avait ébranlé le ronron politicien. Le pouvoir a été contraint à ces débats. D’autre part, dit-il, beaucoup de gens adhèrent à l’idée de ce mouvement mais restent douillettement à la maison, il est temps de venir grossir les rangs des GJ et à chacun d’apporter au mouvement son grain de sel. »

Voilà qui était bien dit et, à notre sens, on pouvait se passer du reste de la séance.

La suite a donc donné lieu aux éternelles litanies : on refait le monde mais dans le cadre préétabli par les autorités. Dans les débats organisés par l’État – que Ménard n’a pas ménagé de ses critiques, il fallait bien qu’il mette en avant son image d’ « antisystème » ! – le carcan est sévère. Mais le maire de Béziers procéda avec tact pour manipuler son sujet. Le cadre qu’il avait fixé dans les thématiques opérait discrètement un formatage des interventions. Les accusations fusaient contre les députés, sénateurs et autres politiciens de tous côtés. Et quand certains se plaignent des hauts (voire très hauts) revenus et des avantages de ceux-ci Mme Ménard – dont nous rappelons qu’elle est députée – défendit sa paroisse avec vigueur… Un GJ demanda à M. Ménard combien il touche d’indemnité en plus de son ‘salaire’ de maire. Quelques remous, faibles mais audibles dans l’assemblée, montrèrent que certains – curieusement pas parmi les Gilets Jaunes – n’appréciaient pas que le père Ménard soit attaqué ou mis en demeure. Le GJ se défend et rappela qu’on pouvait tout dire dans cette assemblée. L’autre répond qu’il n’en touche ‘aucune’ en dehors des 3500€.

Tout aura été cousu et bien cousu par la famille Ménard. Les employés de la place ne passèrent le micro qu’à ceux qui étaient désignés par le patron des lieux, la consigne leur en avait préalablement été donnée par le chef, m’a confessé une des pourvoyeuses de micro. Quand on ajoute que les thèmes abordés étaient les siens on a l’étendue de la manipulation. Ce qui était assez prévisible quand on connaît les politiciens. La différence avec les débats du gouvernement étant que M. Ménard fut plus habile, beaucoup plus que notre gouvernement dont on rappellera qu’ils n’ont même pas su passer la patate chaude à la CNDP qui avait, elle, l’habitude de se faire taxer de manipulatrice ( on se souviendra des débats en 2009 sur les nanotechnologies http://faut-le-dire.over-blog.com/pages/une_manipulation_de_plus_les_debats_sur_les_nanotechnologies-8646735.html ). Ils n’ont su qu’organiser des assemblées complètement corsetées sans le moindre débat tant avec les maires et autres élus locaux triés sur le volet. Doit-on rappeler que pour qu’il y ait débat il faut un aller retour dans la parole et non pas des questions et réponses. Si manifestement truqués furent les débats gouvernementaux que, mis à part les partisans macronistes et autres névrosés du statu quo, personne ne pouvait y croire.

On peut tirer toutefois quelques enseignements sur la façon dont ce débat s’est déroulé. Et il faut dire que, si Ménard avait plus d’un tour dans son sac, les GJ nous ont paru bien naïfs.

 

Ensuite, il y eut beaucoup de personnes pour dénoncer les gabegies et dysfonctionnements de l’État mais très peu pour pointer la domination économique des grosses entreprises qui corsètent les politiques aussi bien de gauche que de droite. M. Ménard a beau regretter – il l’a dit dans son long préambule – qu’une poignée de milliardaires possédaient autant que la moitié de l’humanité, il ne dit jamais – pas plus, d’ailleurs, que les GJ – comment sortir de cette situation aberrante. Car nous voyons chaque jour à quel point cette domination des multinationales entraîne baisses de salaires, destruction d’une protection sociale pour les plus humbles, etc. Ce qui fait partie des préoccupations des GJ tout de même. La mondialisation de l’économie est la voie royale pour l’expression de cette domination. Par ailleurs, la politique de la Commission Européenne – non élue – est là pour canaliser dans le sens de cette mondialisation les politiques des États qui ont (encore) quelques (petits) comptes à rendre aux électeurs.

Il y a donc nécessité d’engager la réflexion sur ce sujet dans le débat instillé par les GJ. Et on pourrait se désoler que ce ne fût pas dans les tablettes de l’édile biterrois mais… est-il vraiment souhaitable de parler de ce genre de choses – éminemment sérieuses – devant (ou avec) des gens comme Ménard ? On peut, par contre, regretter que nos GJ biterrois n’aient pas ce genre de préoccupations. (1) 

 

Le ‘débat’ allait donc s’enliser et s’éterniser autour de propositions de détails sans intérêt …sauf pour les politiciens qui adapteront tout ce qu’ils voudront retenir à leur principe de réalité. Car nous voyons tous les jours que, pour l’actuelle classe dominante ( comprenant autant de politiciens que de patrons qui, comme Macron passe de la banque Rothschild au gouvernement ou Sarkhozy qui alla dans l’autre sens après sa prestation présidentielle) le débat n’oppose plus le capital et le travail, les riches et les pauvres, les dominants et les dominés, ou que sais-je ? mais les défenseurs de la vérité, rebaptisée « réel » ou « modernité », et les partisans des « archaïsmes » ou, tout simplement, de « l’erreur ». C’est bien là, le discours des macronistes sur le monde, sur eux-mêmes et sur ceux qui luttent contre ce monde. 

http://faut-le-dire.over-blog.com/pages/Capitalisme_et_totalitarisme_De_la_contrainte_dans_une_societe_industrielle_La_nature_la_technologie_le_totalitarisme_et_la_democratie-7528283.html

Nous avons donc quitté la salle avec soulagement car tout cela semblait bien lourd et bien long.

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Dans d’autres endroits, d’autres villes, le problème se pose différemment et il m’a été rapporté que les problèmes évoqués ici n’existent pas uniformément sur tout le territoire français. Les débats du gouvernement sont clairement dénoncés comme falsificateurs et réducteurs et la racine économique des politiques macronistes est comme une évidence pour une majorité de GJ à ces endroits-là. On ne s’attarde donc pas à la critique du salaire des sénateurs mais à décortiquer la façon dont les « élites » adhèrent au libéralisme économique qui fait notre malheur.

 

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Lettre à des camarades de la CNT 12/12/2018

Il aura été difficile pour des révolutionnaires ‘purs et durs’ de trouver quelque chose d’intéressant à ce mouvement des ‘gilets jaunes’. Du haut de leur ‘science’ révolutionnaire ils ont jaugé trop à droite, trop populiste, trop raciste, etc ce mouvement qui échappait aux normes préétablies de la contestation politique. Au bout de quelques semaines de cette mobilisation, on commence à penser qu’il pourrait y avoir quelques aspects positifs parce que celui-ci a amené à « se mobiliser toute une partie de la population jusque-là absente des mouvements sociaux ». Dixit la CNT 34 (Hérault). Enfin ! pourrait-on se dire, on cesse de regarder le doigt qui montre la lune… Et ce syndicat va comprendre que le peuple est là et qu’en tant que révolutionnaire on ne peut pas être ailleurs.

Eh bien non, la CNT est loin d’en avoir fini avec le nombrilisme gauchiste. Au lieu de voir cette mobilisation pour aller au contact des couches populaires révoltées, l’appel de la CNT, au moment de la quatrième semaine de conflit, daté de décembre 2018, mentionne une manifestation pour le climat, les manifestations lycéennes et, bien sûr, les sempiternelles manifs de soutien aux migrants. La semaine dernière, c’était la manif avec les pseudo féministes de ‘Osez le féminisme’ à laquelle ils appelaient sans évoquer même le mouvement des gilets jaunes qui, à leurs yeux, ne devait revêtir aucune importance.

Peut-on parler d’aveuglement quand on voit ce syndicat se réclamant de l’anarchisme considérer avec hauteur la populace et lui préférer, telle une vulgaire Hilary Clinton, la sphère bien plus gratifiante des gens éclairés qui fréquentent les manifestations de la pseudo élite intellectuelle (1). Cette caste qui fait l’analyse ‘politique correcte’ du monde actuel. Écologie parfois mais pseudo féminisme et pseudo antiracisme tout le temps.

Après avoir cassé du sucre sur le dos des ‘gilets jaunes’ qu’ils ne pouvaient penser que comme des beaufs (à la façon de B.H. Lévy (2) et autres radoteurs), ils en viennent à y voir quelque attrait suite aux affrontements récents et violents avec le pouvoir et aux revendications qui prennent un tour plus acceptable …pour la ‘gauche’. Eh oui, le peuple est là et vous, vous regardez de loin avec un air dédaigneux, tentés d’y voir le résultat d’une idéologie populiste voire raciste. Oui raciste. Puisqu’on n’y parle ni de migrants ni des ‘racisés’. Détail révélateur de l’idéologie de ‘gauche’ à l’œuvre : le journal gauchiste Médiapart, relatant la manif du 1° décembre, mettait en avant une banderole portée par deux personnes mentionnant : ‘les tapettes sont dans la rue’, prouvant ainsi à ceux qui pensaient autrement que, finalement, si on y rencontre même les ‘tapettes’ en son sein, alors ce mouvement des ‘gilets jaunes’ n’est pas si beauf que ça, il devient fréquentable !

Revenons à la CNT qui n’en est pas encore tout à fait au stade de Médiapart. Que propose-t-elle après ce constat finalement optimiste ? Aller aux manifs des gilets jaunes ? Non, rassurez-vous car il y a bien mieux : ‘La marche pour le climat’ du samedi 8 décembre à 14h30. Au moins là, on n’aura pas des relents de populace, on restera entre nous, avec tous les canons de ceux qui pensent… comme il faut. Tout le monde sera d’accord et c’est bien là l’essentiel à préserver, n’est-ce pas ? La semaine dernière, c’était l’invitation à participer à la manif de ‘Osez le féminisme’ et pas un mot sur le mouvement des ‘gilets jaunes’. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les événements se bousculent mais le réflexe gauchiste de rester dans sa tour d’ivoire à l’abri de tout ce qui souille sa propre pureté doctrinale demeure. Et dans quelques jours, ce sera la journée internationale des migrants… à laquelle bien sûr ils appellent déjà avec insistance.

On peut se demander si les manifs squelettiques auxquelles ils participent finiront un jour par les questionner. Mais force est de constater que le moment n’est pas encore venu. On continue à manifester comme d’habitude, à agiter les drapeaux et les slogans habituels. Comme dans cette manif CGTiste de Toulouse rejointe par les gilets jaunes voulant fraterniser. Les gens de la CGT continuaient bêtement à scander les slogans syndicaux alors que les autres étaient devant eux et voulaient simplement montrer leur solidarité, leur taper sur l’épaule. L’accord n’a pas eu lieu car les syndicalistes sont sur une autre planète : ils ont leur stratégie, leur agenda, comme ils disent et n’en démordront pas.

Évitons les malentendus. ( On sait que, dans le milieu gauchiste, la moindre déviance est très vite considérée comme une opposition ‘réactionnaire’, souvent même ‘fasciste’. Et on vilipende le stalinisme ! Comme disait Pasolini : « le fascisme des antifascistes ».) Le sexisme donc est une bien mauvaise chose qu’il faut dénoncer. Et le racisme aussi. Il n’empêche que ‘Osez le féminisme’ avec ses tics victimaires ne fait qu’enfermer les femmes (et les hommes) dans une spirale identitaire qui est à l’opposé de l’émancipation. (3) Pour les migrants que nous ne voulons aucunement voir sombrer dans les eaux froides de la Méditerranée, et qu’il est digne de soutenir, la problématique des soi disant soutiens de ‘Migrants Bienvenue’ – …la corde soutient bien le pendu. – est encore plus aberrante. La CNT comme les autres officines gauchistes associées ( qui y voient un moyen d’attirer du monde et de faire consensus.) s’intéressent fort à ceux qui émigrent mais refusent de voir les pays qu’ils quittent se déliter, vidés de leurs médecins, leurs professeurs, leurs techniciens, etc. (4) Ceux qui n’ont pas le regard focalisé sur l’arrivée jugée ‘inéluctable’ des migrants ne peuvent être que des beaufs racistes poussés par la haine de l’Autre. Racisme sournois bien sûr car le racisme est censé toujours avancer masqué, pensent les gauchistes. Alors, on préfère aller manifester avec Bouteldja dont chacun sait qu’elle au moins, n’est pas raciste. (5) Bien sûr. C’est juste qu’elle n’aime pas les Blancs ni les Juifs …sauf s’ils se rangent à ses idées ‘indigènes’. Et derrière les ‘racisés’, bien sûr. Elle n’aime pas non plus les ‘tarlouzes’. Etc. Etc.

Enfin, le PIR est une bien meilleure fréquentation que les gilets jaunes, pensent-ils. Ces derniers ont de gros godillots, ils parlent avec l’accent du terroir, et ils regardent « facebook qui leur dit tout », « avec lequel on sait tout ». Ils font parfois des vannes racistes et quand les hommes voient une femme à leur goût, ils peuvent même s’extasier, c’est dire à quel point ils sont aliénés par leur condition de mâle blanc dominant. C’en est trop pour l’odorat délicat de nos élites révolutionnaires pour qui « il est gênant d’être à coté de ses gens-là ». Nos élites ne peuvent pas supporter les gens tels qu’ils sont. Avec leur mauvais goût, leur manque de finesse et leur racisme qui ne les a pas encore fait tous passer le cap de voter Le Pen mais ça pourrait venir tant ils se voient délaissés par le ‘camp du bien’. Les révolutionnaires savent quelle est la voie juste et savent que la révolution viendra quand leurs idées seront dans toutes les têtes. Le miracle, c’est pour quand ? Il suffirait donc que ces bougres de ‘gilets jaunes’ soient comme eux et le peuple serait enfin sauvé de ses errements. Comment ceux-ci ne comprennent-ils pas des choses aussi simples ?

Soyons encore plus précis : Le peuple n’est pas animé de bons sentiments. Il défend ses intérêts. On pourrait rajouter ‘intérêts immédiats’, ce serait juste mais pas totalement. Les intérêts qu’ils défendent sont certainement moins immédiats qu’on le dit car, avec la lutte qui avance, certaines opacités s’éclaircissent. Et ce ne sont pas les syndicalistes de la CNT qui auront joué un grand rôle dans cet éclaircissement. L’intérêt du peuple est chose dont la CNT et autres pseudo anarchistes a bien quelque idée : Vous voulez des augmentations de salaires ? Vivre plus décemment ? C’est bien normal. Alors laissez les gilets jaunes et …venez à la manif de soutien aux migrants la semaine prochaine.

Il n’est pas étonnant à ce titre qu’une des rares manifs où l’on a vu un nombre non négligeable de ‘gilets jaunes’ soit la manif ‘pour le climat’. On aurait pu penser que cet aspect des choses passait complètement au dessus de la tête de cette engeance populaire mais, en fait, remplir son réservoir n’a, pour la plupart d’entre eux, rien d’une vocation. Alors qu’on sait que les gauchistes, même quand ils remplissent leur réservoir, sont politiquement corrects. Les ‘gilets jaunes’ ne le font que par nécessité et ne pensent pas, le plus souvent, que détruire précocement de vieilles voitures pour les remplacer par des neuves – même électriques – soit vraiment économique et contribue à la préservation du climat. Quand ils se posent la question bien entendu. Ni que le fait de payer le gaz oil (…et l’essence) plus cher leur fera moins utiliser la voiture car ils l’utilisent essentiellement par nécessité.

Chers camarades de la CNT et d’autres chapelles gauchistes que nous fréquentons depuis des décennies, il nous semble préférable que vous descendiez de votre sphère (in)confortable et de prendre place parmi cette populace qui ne pense et n’agit pas toujours aussi bien que l’on aimerait mais qui aujourd’hui montre une voie pour remettre en cause le monde tel qu’il est. Voie à laquelle chacun peut apporter sa lanterne. Il y a là le peuple réel. On le déplore parfois mais l’appel de Commercy (6) montre à quel point les gens peuvent être – parfois ! – lucides. Encore faut-il les entendre, leur parler, discuter.

(1) On se souvient du mépris avec laquelle elle a traité les couches populaires qui avaient voté Trump en disant d’elles qu’elles étaient ‘déplorables’. La ‘gauche caviar’ serait-elle un modèle pour la CNT ? Comme elle, en tous cas, il n’y a pas la moindre mise en cause de son propre fonctionnement. Alors que celui-ci pourrait avoir conduit, dans le cas de Clinton au vote Trump. Dans le cas de la CNT à la désaffection des mouvements révolutionnaires dont ils voient bien qu’ils ne s’adressent pas à eux.

(2) toujours égal à lui-même le libéral BHL nous sort avec son aplomb habituel : « Poujadisme des #GiletsJaunes. Échec d’un mouvement qu’on nous annonçait massif. Irresponsabilité des chaînes d’info qui attisent et dramatisent. Soutien à #Macron, à son combat contre les populismes et à la fiscalité écolo. »

(3) pour de plus amples considérations sur le féminisme à la Caroline De Haas on pourra lire http://faut-le-dire.fr/index.php/2018/06/10/un-certain-feminisme/

(4) Il y a plus de médecins béninois en île de France qu’au Bénin. À croire qu’au Bénin on n’a pas besoin de médecins…

(5) La « marche de la dignité » en gros sur les banderoles et « contre le racisme » en tout petit, à laquelle ont participé aussi les ‘libertaires’ de la CNT et d’ Alternative Libertaire. La marche était évidemment organisée par les comparses de Bouteldja, la parti des indigènes de la république. À propos de celle-ci, on peut lire http://faut-le-dire.fr/index.php/2016/12/16/houria-bouteldja-et-le-pir/

(6) voir https://manif-est.info/L-appel-des-gilets-jaunes-de-Commercy-853.html